Colloque International

Société de l’information, sciences de l’information : nouveaux défis, nouvelles exigences

Institut Supérieur de Documentation
Tunis 15-16-17 Mai 1997

UNE SOCIETE DE L'INFORMATION MULTILINGUE

RICHESSE OU ENTRAVE DANS L’ACCES A L’INFORMATON SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE

Mokhtar BEN HENDA
Doctorant au Centre d’Etudes et des Médias - GRESIC, Université de Bordeaux 3
Assistant à l'Institut supérieur de Documentation de Tunis
Mailto : Mokhtar.Benhenda@isd.rnu.tn / benhenda@excite.com
URL  : http://www.chez.com/benhenda
Résumé : Avec le développement du concept de la société de l'information, elle-même tributaire d'un développement aussi spectaculaire que celui des nouvelles technologies de l'information, de nouveaux enjeux de rapports Nord/Sud se faisaient de plus en plus sentir sous l'impulsion d'un nouvel agent discriminatoire : le facteur linguistique. En effet, à part l'inégale répartition des Nouvelles Technologies de l'Information et des ressources informationnelles d'une part, la mondialisation allait imposer une uniformisation linguistique anglo-saxonne sur le modèle de société vers lequel nous progressons. C'est dans cette évolution "forcée" que le multilinguisme, parfois conduit par des soucis d'identités propres mais souvent porteur de valeurs plutôt économiques, vise la pluralité linguistique appréhendée comme un vecteur de richesse culturelle mais conçue sur le plan pratique comme un défi technologique qui doit sa complexité aux problèmes de codage, de normalisation et de cohabitation des jeux de caractères de toutes les langues du monde. Ce document trace dans sa première partie les grandes lignes de démarcation entre une société de l'information comme appréhendée et vécue de part et d'autre entre le Nord et le Sud. Les particularités linguistiques abordées dans la deuxième partie constituent l'extension de cette démarcation issue d’une absence d'initiatives locales pour contourner les mobiles purement économiques du multilinguisme.

INTRODUCTION

Avant d’aborder la thématique véritable de cette intervention ; soit une analyse des enjeux sociolinguistiques d’une société d’information globalisante, j’avancerais un prélude des controverses situées un peu plus en amont de ce phénomène de société dans une tentative de repositionner les discours parcellaires observés ici et la dans des contextes et des milieux généralement dominés par un penchant d'égocentrisme implicite.

Sans vouloir m’aligner ni à l’une ni à l’autre des deux controverses qui marquent les attitudes ambivalentes (alarmiste et enthousiaste) à l’égard de la société de l’information dans une conception diffusionniste plus que simplement communicante des pays développés marquée par la surabondance et l’obsolescence des produits d’information(1), je voudrais justement étendre le sujet au point de mettre face à face deux interprétations antinomiques du concept de la société de l’information dans une étendu de grandeur géographique et temporelle réellement universaliste ou cette surabondance se confronte à un état opposé de carence, d’isolement et d’inaccessibilité qui caractérisent généralement les sociétés dites du Sud.

J’entends par-là l’implication dans cette controverse de deux contextes différents : d’une part des pays développés maîtres d'œuvre et mandataires par excellence de ce phénomène de société d’information, et un monde en voie de développement indécis entre l’enchantement et la frustration d’un phénomène dont il est souvent exclu bien que parfois impliqué dans des programmes de transfert de technologies ou d’aides au développement orchestrés par les donateurs internationaux, les ONG, les programmes d’aide au développement, les programmes de coopération verticale et leurs infrastructures associée. Les réseaux APC, RIO, SYFED ; les programmes de l’USAID, CRDI, FMI, BM ... constituent dans ce sens un champ d’action considérable dans lequel s’inscrit la grande majorité des réalisations des pays en voie de développement en matière d’information scientifique et technique et de ses Nouvelles Technologies d’usage. Ceci confirme bien que substantiellement, que malgré la confluence souvent turbulente entre Nord et Sud, des interactions et des cohérences de visions et de projets parviennent toujours à créer des contextes de convergence, de coopération et de complémentarité bénéfiques aux uns et aux autres chacun dans sa relative dimension d’intérêts. Une première question surgit cependant de cette dualité dans les contextes d’information ainsi appréhendés : si l’information, toujours présente dans les différentes sociétés humaines et les rapports qui les ont identifiés en tant que source de connaissance, de savoir, de pouvoir et d’autorité, revêt actuellement une importance stratégique qui en fait un phénomène de révolution planétaire, quel est le véritable instigateur derrière cette nouvelle " donne " qui canalise une société humaine vers une troisième dimension, celle de " la société postindustrielle " et immobilise une autre au niveau d’un premier stade de société " la société agraire "(2) ? Pour réponde à une pareille question, la littérature universelle regorge de justificatifs et de raisonnements théoriques et empiriques selon lesquels cette explosion informationnelle, cette société de l’information n’auraient jamais pu exister sans un phénomène novateur : les développement des techniques et la révolution informatique. C’était la théorie de Mc Luhan prédisant l’irrévocable automatisation de la société, prédilection reprise plus tard (en 1974) par le fameux rapport Nora-Minc, que nous retrouvons aujourd’hui confirmée une fois de plus à travers les ressources informationnelles d’Internet et de l'infrastructure de communication des autoroutes de l'information qui l’accompagnent. La " troisième vague " d’Alvin Toffler, la " société Marconi ", la " Galaxie Post-Gutemberg ", la " révolution de l’immatériel " .. sont autant de concepts qui définissent positivement mais aussi négativement le changement que connaît le monde actuel grâce à (ou à cause de) l’explosion informationnelle et aux technologies qui leurs sont associées. En fait, comme l’affirme J.STERN, ancien PDG de BULL, " l’intégration des techniques informatiques, des télécommunications et audiovisuel, conséquence de la digitalisation des informations structurées et non structurées associées à l’évolution des systèmes d’information vers des architectures distribuées et ouvertes sur le modèle client-serveur va participer à la création d’une nouvelle société et d’une nouvelle culture "(3). Cette nouvelle culture identifiée par certains comme l’un des maillons d’une chaîne de transitions culturelles évoluant de " la civilisation de la parole " à la " civilisation de l’écrit " puis à la " civilisation de l’écran "(4). Mais en réalité, ne s’agit-il pas là une fois de plus de simples théories absolutistes décontextualisées? Le vrai problème en fait, ne serait-il pas un problème de synchronie, d’évolution parallèle et d’intéractivité symétrique, d’adhésion et de complémentarité entre toutes les composantes d’un contexte universel culturellement, technologiquement et économiquement hétérogène ? Il est encore malheureusement question de synergie différentielle qui prend forme d’un décalage technologique, économique et social entre les nations attisée par les particularités culturelles et surtout linguistiques qui viennent renforcer les lignes de démarcation entre un " village global " (et non forcément planétaire) habité par des gens riches dans des pays riches et la " cité du silence " avec toutes les connotations possibles que l’on pourrait attribuer à cette expression qui caractérise la réalité vécue des pays en voie de développement. C’est précisément dans cette optique culturelle et linguistique que nous irons explorer une autre forme d’entraves (ou peut être d’acquis) probables d’une société de l’information en plus des opérateurs devenus classiques inhérents aux critères de développement industriels, économiques et techniques.

INFORMATION ET TECHNOLOGIES : VALEURS UNIVERSELLES OU VALEURS PROPRES

En dépit de l’approche distinctiviste avec laquelle je commence ce document pour tracer une barrière entre deux contextes à développement inégal, il y a des vérités historiques irrévocables qui ont toujours constitué des valeurs universelles sans distinction chronologique ni temporelle entre les sociétés et les individus. En effet, la globalisation ou l'internationalisation que nous vivons actuellement, vient parfois croiser ces valeurs pour aménager un semblant d’équité ou plutôt de chances d’équité et de partage des ressources informationnelles et technologiques entre deux entités différentes même dans une logique de dépendance. L’outil informatique et les produits d’information ne sont plus, comme on peut l’observer, des monopoles ou des chasses gardées des pays de l’occident. C’est plutôt dans les inégalités de génération, de diffusion et d’usage que se jouent les véritables compromis de leur universalité et de leur localisation.

L'Information : une denrée quotidienne

Depuis l’aube des temps, la notion de l’information a toujours accompagné l’homme dans sa maîtrise de l’univers complexe qui l’entoure. C’est une vérité universelle qui a évolué dans beaucoup de sens pour revêtir plusieurs formes et divers procédés convergeant tous vers un acte de mémorisation des données. C’était la grande époque des mémoires artificielles, de la rhétorique et de la " méthode des lieux " de Ciceron(5) suivi d’une technique de notations qui permettaient l’écriture pour aboutir finalement au domaine du traitement automatique de l’information. Pour mémoriser un événement, qualifier ou quantifier des actes ou des états, toutes les civilisations géraient des états d'information " journalistique " (de reportage) ou " scientifiques et techniques " (d’analyse et de jugement). Depuis les graffitis de Lascaux, aux codes de Hamourabi et le Scribe Assis d’Egypte, depuis la Bible de Gutemberg au pictogramme de la NASA adresse aux extraterrestres, l’Homo-Sapiens a toujours fait usage d’un procédé quelconque pour mémoriser, stocker et communiquer un sens, une idée dans un code ou un symbole déterminé. Cette importance croissante que revêtait l’information dans les différentes sociétés et cultures humaines produisant des états de savoir et de connaissance, prodiguant des états de contrôle et d’autorité, allait se prolonger dans " un acte de communication conçue comme un comportement d’information en perpétuelle réaction avec son environnement "(6). Ce besoin de communication identifie en fait toute société sans considération du support physique. C’était le cas des indiens de l’Amérique du Nord et leurs signaux de fumée ; c’était aussi les cas des tam-tam africains, le Poney Express du Far West, le télégraphe de Chape, le code Morse ... quoi que les uns et les autres restaient soumis aux contraintes du temps et de l’espace. Il a fallu attendre les avancées de la maîtrise de l’électricité et du traitement des signaux, de la cybernétique et de l’étude de l’entropie ... qui " allaient permettre rapidement d’envoyer une communication à distance quasi instantanée y compris au delà des mers "(7). C’était l’époque des grandes gestations du siècle, une sorte de bouillon de culture qui a vu jaillir la cybernétique, l’intelligence artificielle, les théories de l’auto-organisation, les théories des systèmes, la technologie des communications des masses, la télématique, les théories de la communication interpersonnelles, et bien entendu l’informatique qui deviendra une spécialité à part entière dès le début des années cinquante. Ce tournant allait subir un effet d’amplification engendré par la portée mondiale des grands événements de l’époque : les deux grandes guerres, la période coloniale puis l’économie de marché qui allait imposer un standard de société et un type de rapports verticaux Nord-Sud.

L'Informatique : un rôle catalysant

S’il est vrai que la logique formulée par certains préconise que l’invention sert en priorité le milieu ou elle s’est faite générer, l’informatique a rapidement transcendé les limites du monde occidental vers une internationalisation, donc une généralisation de l’outil au delà des distinctions des économiquement " haves " ou " have nots ". Après une première époque de mise en place des grands principes et des moteurs de fonctionnement de la nouvelle société d’information naissante par les " pères fondateurs "(8), et la domination des systèmes centraux propriétaires des années 60 et 70, l’apparition de la microinformatique dans les années 70 a révolutionné toute les structures sociales et économiques. Durant les années 80, (âge d’or de la microinformatique) on assistait à une " éclatante " migration vers une microminiaturisation, donc personnalisation et appropriation de l’outil microinformatique par l’utilisateur individuel et néophyte. L’utilisateur s’est ainsi libéré du contrôle des serveurs d’accès, le concepteur s’est libéré des contraintes des langages de programmation peu évolués pour développer ses propres applications, le gestionnaire s’est également trouvé moins soumis à un prototypage des modèles de systèmes d’information obsolètes. Grâce à l’avènement parallèle des techniques de télécommunications, de la déréglementation, d’une démocratisation de la société et du savoir (bien que cela reste encore d’un aspect restrictif dans les pays du Sud), du phénomène de l’explosion informationnelle, " la question n’est plus de savoir s’il faut ou non que la technique vienne au secours de l’homme dans la gestion de la " complexité informationnelle " ; mais plutôt celle de savoir quelle technique est la plus appropriée à ce sujet "(9). C’est désormais à ce niveau que se situent les grands enjeux de la distinction entre " haves " et " have nots " concrétisés dans une macro-dimension par les pays du Nord et ceux du Sud. Grâce à une potentialité réaliste de mettre en œuvre une informatique des pauvres la question ne relève plus de la possibilité d’accès à et de diffusion de l’information ou de ses techniques d'usage autant qu’elle relève des considérations environnantes (économiques, sociales, politiques) qui stimulent leur vulgarisation ou imposent leur restriction. De toute façon, ce qui reste un constante irréfutable, c’est que l’outil informatique, dans sa dimension scientifique ou technique, a réussi la " prothèse " (10) dont il a fait l’objet dans des univers qui ne lui étaient pas parfois favorables ou tout du moins prêts bien que les écarts de répartition restent encore très importants(11). Nous assistons aujourd’hui, dans le cadre des programmes d’aide au développement, des projets de transfert de technologies, de programmes de coopération technique à une internationalisation de l’outil informatique et sa pénétration dans des univers parfois incompatibles avec ses modes d’usages. Nous assistons souvent dans le cas des pays en voie de développement à des effets de mode qui font des micro-ordinateurs des objets de décoration des bureaux des chefs d’entreprises ou d’écoles. Avec l’introduction progressive de ces milieux dans un modèle de société d’information, cet outil s’est trouvé cependant en position catalysante et active à la fois pour changer les modes de travail, les activités de recherche, les pratiques d’enseignement ... toutes potentiellement adaptables, quand le cas se présente, à un usage extensif des ressources d’information et des technologies associées. Nous assistons depuis lors à un changement des attitudes et des pratiques informationnelles concrétisées par la généralisation des applications de Bureautique, des premières formes de gestion structurée des données sous formes de bases de données locales moyennant des logiciels standard (Dbase, ISIS, Excel ...). Une première plate-forme de traitement automatisée est déjà présente bien qu’en mode local et monoposte. L'outil microinformatique a bien supplanté la dactylographie classique même dans les coins les plus isolés du monde en développement. Or la tendance actuelle dans cette fin du XXème siècle tend vers un retours à l’internationalisation globalisante des systèmes d’information (matériel, logiciels, données) par l’éclatement des barrières du temps et de l’espace grâce aux avancées spectaculaires de la numérisation, de la télématique et des techniques des réseaux (fibres optiques, compression, commutation, routage ...). C’est en quelque sorte un retour aux systèmes centraux bien que dans une logique assouplie par les systèmes ouverts et les architectures distribuées du type client-serveur. C’est particulièrement dans cette dimension de connexion et d’accès à distance que les pays en voie de développement jouent maintenant leur véritable carte de l'internationalisation : s’agira-t-il dans ce cas d’un contentement des solutions locales loin d’être compétitives, donc condamnées à un isolement international, donc à une exclusion du nouveau mode de société qui ne saura les épargner ? s'agira-t-il plutôt d’un dopage technologique qui essaiera par tous les moyens de les brancher sur un bout de câble dont on ne saura l’intérêt ?(12) Ou s’agira-t-il vraiment d’une intégration réfléchie, responsable et conséquente dans un modèle de partenariat et non de clientélisme aveugle, faisant ainsi des réseaux maillés des " moyens de dépasser le caractère normalisateur et homogénéisant des médias et d’ouvrir une ère nouvelle, riche de la singularité des groupes et des individus, développant au maximum la coopération et l’intelligence collective sociale ... qui ouvrirait le chemin d’une idéologie de l’esprit, d’une " ecosophie " " (13).

Un décalage terminologique et conceptuel dans les perceptions collectives

En guise d'antithèse à ce langage universaliste qui reste cependant très limitatif si nous considérons les aspects pratiques et réels de l’état de l’art en terme d’accès à ces deux éléments fondateurs de la nouvelle société de l’information, nous retrouvons les éléments l'imitateurs annoncés auparavant de l’inégalité dans les actions de génération, de diffusion et d’usage des produits d’information et des techniques associées entre deux univers différents ; deux univers où le langage, les concepts et les perceptions même des fondements de la société d’information changent. En effet, reprises dans une optique de contextualisation d’usage, ces mêmes valeurs dénotent d’un déséquilibre évident entre les deux contextes géographiquement et chronologiquement éparses ; deux contextes où les réalités de chaque société, de chaque institution voire même de chaque individu changent radicalement sous l’influence des choix stratégiques de développement économiques, de situations conjoncturelles de développement technologiques, des considérations culturelles, sociologiques et politiques ... bref par une nature variable de pratiques et de modes d’usage et d’utilisabilité qui restent tributaires du groupe et de l’individu. Il s’agit désormais, comme le signale Roland Ducasse, de " ...système d’information dont on voit certes mieux aujourd’hui la part qu’il fait à la technologie, mais dont on doit se garder d’oublier ce qu’il doit à la culture aux connaissances de cet individu, à ses savoir-faire, à ses pratiques informatives et de communication sociales, à sa propre instrumentation linguistique... "(14). Car il y a là tout un référentiel socioculturel et linguistique qui entre en ligne de compte pour stimuler ou entraver une informatique libre, individuelle, propriétaire désormais en totale symbiose avec une télécommunication préférentielle et multidirectionnelle consolidée par les systèmes distribués et les architectures client-serveur. On voit d’ailleurs aujourd’hui les séquelles d’une pareille contextualisation de l’information et de ses outils d’usage se refléter dans le décalage et la diversité langagière et conceptuelle courante entre les deux contextes. On observe généralement à ce niveau trois paliers terminologiques et conceptuels qui diffèrent en termes d’expansion d’usage des plus universels aux plus réservés à des milieux développés puis à ceux totalement réservés à des domaines de pointe. " Logiciels ", " micro-ordinateurs ", " traitement de texte ", " tableur ", " base de données " ... ont déjà acquis une universalité totale grâce à l’expansion de l’outil microinformatique. Par contre, " Internet ", "Intranet ", " Numérisation ", " Téléconférence ", " réalité virtuelle ", " cybercafés ", " la veille technologique "... restent encore du domaine du langage codé pour une grande majorité des populations du sud (bien qu’elle l’est aussi pour une marge importante mais plus réduite sous l'effet de l'exposition des habitants du Nord). Que dire alors des termes comme " client-serveur ", " groupware ", " Workflow ", " la Push électronique ", " les metadata " , " l’entropie " ... qui resserrent davantage l'éventail des gens qui y ont accès. Ceci sans évoquer les termes purement techniques, " OLE ", " ODBC ", " ATM ", " APIs ", " Scripts ", " plug-ins " ... réservés de part et d’autre à des spécialités de pointes dans les domaines des télécommunications et des sciences de l’information et de la communication. Sur un plan fonctionnel, la disparité apparaît également entre un univers imbu d’une tradition informatique consolidée par un modèle de société d'économie de marché, de droit de l’homme, d’alphabétisme total, de démocratie politique et de droit d’expression et un contexte qui reste encore en stade de négociation et d’apprentissage des modes d’usage de l’outil ; un contexte où la disponibilité de l’outil et l’accès au produit restent encore un facteur d'élitisme générant ce qui est communément appelé " la société à deux vitesses ". Cette disparité s’exprime aussi au niveau d’un élément fondamental de l’actuelle société de l’information appréhendée à l’occidentale : l’étendue de l’espace et la notion du temps. D’une part on parle déjà en termes de globalisation et d’universalité du phénomène informationnel, ou l’extension spatiale se perd dans les replis du paradigme de technologie de l’information et des réseaux des télécommunications. L’élément spatial y est tellement éclaté que l’on a confiné les étendus de la société universelle aux justes limites d’un village : le village planétaire (ou global) dans lequel la notion de dimension, de l’espace et de territoire se désintègre sous l’impact de l’instantanéité du message, de la virtualité de la liaison et de la globalisation des réseaux de communication. De l’autre coté, le panorama est beaucoup moins brillant : isolement, exclusion, monopole, élitisme ... constituent encore des opérandes gérant un contexte d’information qui cherche encore ses repères de fonctionnalité et d’ergonomie. C’est encore l’état de la majorité de pays du Sud ou l'accès à l’information et à ses technologies d’usage ne dépasse guère le cadre des institutions d’autorité et des personnes privilégiées (les happy fews). D’une part l’on parle désormais de temps mondial et de l’instantanéité permanente issue des phénomènes de mondialisation et de virtualisation des réseaux. Certains pensent même qu’on s’apprêtent à relever un troisième défi : dépasser la vitesse de la lumière (donc du temps) après avoir franchi les murs du son et de la chaleur. Ils en parlent même en termes de dangers à l’instar de Paul Virilio qui affirme que " le phénomène de l’immédiateté, de l’instantanéité est un des problèmes majeurs posés actuellement aussi bien aux stratèges politiques qu’aux stratèges militaires "(15). D’autre part, c’est encore le débattement dans les temps locaux conditionnés par les réalités des modes de vie parallèle. C’est encore la recherche d’un épanouissement au delà des limites du monoposte, des liaisons commutées à très bas débits. Ceci se résume finalement dans un critère fondamental de distinction : une culture informatique.

La culture informatique : le nouveau lettrisme

Un milieu caractérisé par une culture informatique voudrait simplement dire qu’une majorité absolue de personnes dans ce milieu est en mesure de manipuler tous les dispositifs numériques qui l’entourent. On parle déjà dans des milieux pareils de "l’analphabétisme informatique". Ceci est tout à fait normal dans des sociétés qui affichent un taux nul d’analphabètes. La culture tend alors à rehausser d’un cran la barre du minimum culturel requis. Ceci sous-entend bien entendu un considérable effort d’activité intellectuelle, de formation, de scolarisation qui permet à tout avenant d’une société qui s’identifie comme tel à évoluer dans un parcours qui le mènerait depuis la simple maîtrise des principes de base de l’informatique, à celle de la structure de la machine, puis celle des langages évolués et finalement des enjeux sociaux et éthiques soulevés par l’intégration de l’outil informatique. Or en contre partie, nous faisons face à des modèles de sociétés qui ont parfois en tête de liste des priorités, la subvention aux besoins fondamentaux de survie (nourriture, logement, santé, éducation) ; des sociétés encore à la recherche d’un simple agent fédérateur pour une entité nationale homogène. Si les théories de l’économie mondiale affirment que le modèle de la société à construire prend source dans une mondialisation des modes de production et des systèmes économiques basés sur une nouvelle " donne ", celle de l’économie de l’immatériel succédant elle même aux deux révolutions agricole et industrielle, dans quel cadre situerons-nous une majorité écrasante de pays en voie de développement qui stagnent encore au seuil de la première phase de développement, le stade de la société agraire. Pour ne reprendre que les termes d’un intervenant dans le forum du monde diplomatique lancé sur Internet à propos des rapports Nord/Sud, " comment matérialiser la réalité des autoroutes de l’information dans l’esprit de ceux qui, contrairement aux occidentaux, n’ont parfois jamais vu " d’autoroute de circulation automobile " et donc n’en voient pas l’utilité "(16).

Les produits et les services d’information : un décalage quantitatif et qualitatif

La grande question qui reste donc à poser est de savoir la nature et la pertinence des solutions proposées par cette nouvelle internationalisation pour faciliter l’adhésion des initiatives nationales à ce melting-pot universel. Si la microminiatirisation de l’outil informatique a permis, de fait, aux entités culturelles, autres que celles des mandataires de la technologie de l’information, de mettre en place des structures élémentaires de systèmes d’information locaux dans cette logique de " l’informatique des pauvres ", comment l’internationalisation globalisante agit-elle pour rendre transparentes les opérations d’accès, d’échange et de partage des données entre toutes les entités culturelles et linguistiques du monde tout en sauvegardant leur identités socioculturelles et linguistiques propres. Car le coté paradoxal garde encore tous les aspects énigmatiques de la polémique entre le développement progressif des moyens et des services d’information disponibles localement et les taux réduits (voire nuls) de leur intégration et de leur usage enregistrés dans une dimension internationale diversifiée. En effet, pourquoi, en présence d’un minimum nécessaire de moyens et de ressources, les zones identifiées par une exclusion informationnelle et technologique, ne sont-elles pas parvenues à créer un courant en sens inverse pour créer un semblant de symétrie d’accès ? La technologie des OPACs (On-Line Public Access Catalogues) date pourtant depuis des décennies et constitue une alternative très prometteuse qui permettra aux universités et aux centres de recherche dans ces zones " d’exclusion " de relier leurs propres ressources informationnelles aux " infoducs " internationaux. S’il est vrai que beaucoup de considérations géopolitiques et économiques entrent en ligne de compte dans cet état de fait, le problème de ce contexte paradoxal réside, à notre sens en majeure partie dans l'effet d’avalanche qu’un creux technologique originel a engendré sur toute une activité de produits et services d’information qui constituent toujours un point de déséquilibre Nord/Sud. Entre un dispositif informatique largement déséquilibré et une télématique des plus défavorables, les pays du Sud ne contribuent qu'avec un taux de 3% d'effort mené dans les secteurs de la recherche et du développement mondial n'absorbant ainsi qu'un taux de 0,1% de leurs PNB (10 à 20 fois inférieure à celui dans les pays développés). Les chiffres rapportent également une implantation de 6,6 millions d'ordinateurs dans le monde (branchés sur Internet) dont les 65% se trouvent aux USA, 22% en Europe de l'Ouest, 7% en Asie, 4% au canada, 1% en Europe de l'Est et 1% en Afrique et au Moyen-Orient(17). Yvonne MIGNOT-LEFEBVRE cite Anthony GIFFARD qui proclame que les pays en voie de développement ne contribuent qu'avec un taux de 0,6% du total mondial des bases de données accessibles en lignes, soit 41 parmi les 6.998 bases payantes(18). Sur le plan du développement du logiciel, devant le gain relatif du marché tiers mondiste réalisé par certains pays en voie de développement (Inde avec 2% du marché mondial et le Mexique avec 0,3%), les états unies d'Amérique détiennent 67 % du marché mondial(19). A part cet handicap technique dû entre autres à la faiblesse de l'équipement, le phénomène de la télédensité constitue un autre obstacle d'usage. Sur les 15 millions de connexions téléphoniques enregistrées en 1993, 10 millions sont effectuées aux Etats Unies et 5 millions dans le reste du monde. Selon les statistiques de l'UIT, en 1993 les pays développés constituent 15% de la population mondiale avec un pourcentage de 71% des lignes téléphoniques du monde. Selon l'UIT aussi, le taux de croissance de la densité des lignes téléphoniques entre 1982 et 1993 défavorise l'Afrique sub-saharienne (6%) face à l'Afrique du Nord et les pays arabes (9,7%) et l'Asie (12%)(20). Roche cite Paul Burkhart confirmer ce diagnostic en affirmant que la distribution des services de télécommunication démontre clairement un écart énorme entre des pays développés d'un taux de 1,55/1,000 lignes téléphoniques par personne et des pays en voie de développement dont le même taux ne dépasse pas le 1/1,000 par personne(21). Une schématisation bien parlante de cet état de fait est le plaidoyer du vice président sud-africain Thabo Mbeki prononcé durant la réunion des G7 à Bruxelles en février 1995, et dans lequel il affirme qu'à Manhattan (New-York, USA), il y a plus de lignes téléphoniques que dans toute l'Afrique sub-saharienne !.

Les Interfaces homme-machine : le cordon ombilical

Devant un déséquilibre pareil, toutes les analyses se sont orientées mutis mutandis vers les considérations courantes : manque d’infrastructure, manque de formation et de savoir faire, manque de moyens financiers, carences de marché de concurrence ... Or toutes les considérations pourraient toujours être valables pour expliquer des cas de déséquilibre même au sein d’une même société : entre régions, entre institutions voire même entre individus du même milieu socioculturel. Ce que nous essayons d’observer c’est plutôt un critère particulier aux sociétés en voie de développement : le facteur culturel et linguistique qui même dans un contexte informatique et téléinformatique qui fonctionne d'un point de vue technologique, se traduit par une obstruction d'accès due à un handicap ergonomique engendré par un manque de convivialité, une carence d'intéractivité et d'assistance voire même une opacité linguistique dans le dialogue homme-machine. Avec la dominance des langues latines (surtout anglaise) sur les nouvelles technologies de l'information, les 2500 langues du monde (moins les langues latines) seraient obligées de considérer l'une des deux solutions suivantes : apprendre les langues dominantes pour pouvoir utiliser les technologies qui leurs sont proposées ou adapter celles-ci à leurs propres exigences linguistiques. Un premier stade d'adaptabilité serait de toute façon une forme de solution transitoire ; celle que nous identifions en guise de cordon ombilical sous forme d’interfaces avec toutes les connotations matérielles ou applicatives que ce concept suscite. Par interface nous entendons dire, en effet, les protocoles et les programmes de tout genre qui dans une multitude de systèmes et de structures d’information actuels s’établissent comme garant d’une transparence de communication et de flux de données entre systèmes hétérogènes. Parmi toutes les variations d’interfaces connues comme tels, les interfaces homme-machine requièrent un intérêt particulier. Leur particularité réside dans le fait qu’elles joignent deux univers à frontières bien tracées : le monde complexe de la machine et de la connectique d’une part, et l’univers de l’usage et de l’interactivité avec le biologique et culturel humain de l’autre. C’est en fait, le croisement où se touchent deux logiques diamétralement opposées : le rythmique et normatif de l’électronique et l’aléatoire du sensoriel et du cognitif de l’homme. Si du coté de l’électronique l’on est parvenu à mettre en place les interfaces adéquates qui permettent à une infinité d’outils, de programmes et de plates-formes de natures et de fonctionnement différents de communiquer entre eux, cette transparence butte en fin du parcourt contre une interface charnière, celle censée étendre ce processus communicationnel vers son aboutissement final : l’utilisateur final. C’est en fait dans les exigences imprécises, aléatoires et imprévisibles de ce dernier que résident les difficultés majeures de l’harmonisation et de la standardisation des interfaces homme-machine. Les études signalent d’ailleurs qu’au delà de la similitude entre tous les logiciels au niveau des routines et des procédures de traitement internes, entre 30 et 70% du code informatique des logiciels interactifs sont destinés à la face externe du produit (terminologie, menus, couleurs, principes de dialogue)(22) celle qui par son exiguïté et son effet visuel, crée la distinction d'un produit par rapport à un autre en fonction des traits d’attraction ou de rejet par l’utilisateur. Les standards se font ainsi difficile à satisfaire tout le monde étant donné le caractère imprévisible, aléatoire et individuel de chaque utilisateur. Ces difficultés de standardisation et de mondialisation des interfaces se font sentir essentiellement pour des raisons ou des problèmes d’ordre linguistique. Nous citons dans ce sens que dans une optique de connectivité unilingue surtout latine et plus en particulier anglophone, tous les systèmes informatiques du monde pourraient d’un point de vue technique communiquer entre eux tirant profit d’une minimum requis de ressources téléinformatique de base. " On l’aura compris, précise Bernard Cassen, rien dans l’architecture informatique du réseau ne s’oppose à l’usage de quelque langue que ce soit. Tout est affaire de protocoles d’utilisation de cette quincaillerie "(23). De plus, confrontés aux exigences socioculturelles et surtout linguistiques des échangeurs d’information et des producteurs et consommateurs de données, la réalité devient toute autre. Dans des environnements linguistiques non prioritaires, des bases de données professionnelles tournent en monopostes et en réseaux locaux sans pour autant parvenir à s’établir comme ressources d’information valables pour une communauté décentralisée, plus vaste et variée. Une couche interface standardisée fait incontestablement défaut à un grand nombre de systèmes pareils, localement opérationnels et satisfaisants mais qui dans une dimension internationale deviennent inaccessibles donc forcément inconnus. Des éléments de réponse à ce handicap linguistique commencent à surgir dans des environnements et des systèmes d'information multilingues. En mode monoposte, des techniques de codage et de paramétrage de langues sont devenues rapidement possibles. C'est la spécification des codes de pages (CP) et des jeux de caractères pour le monde PC et compatibles; c'est aussi la spécification des fontes pour les systèmes Macintosh. Dans l'univers des réseaux larges distances, les solutions des extensions de codes, de négociation et de désignation de langues joue également son rôle à travers les protocoles et les standards devenus courants sur Internet (X400, Mime, http).

L’ENJEU LINGUISTIQUE : CULTURE DE LA DOMINANCE OU DU PARTAGE

Il demeure alors important de poser la grande question : comment garantir le multilinguisme dans une société de l’information dans sa dimension globalisante et non excluante. Comment permettre aux 25.000 langues et dialectes du monde à faire partie du vaste univers informationnel qui se construit ? La complexité de cette question réside dans le fait qu’elle s’adresse à deux éléments fondamentaux du multilinguisme : une dimension purement societale où des enjeux d'ordre économiques, politiques et stratégiques se dessinent et une dimension purement technique inhérentes aux problèmes de la représentation des caractères (codage et restitution "rendering") et de la gestion des données (traitement, analyse, tri et recherche ...) ; deux axes fondamentaux qui feront l’objet du reste de cette analyse.

La dimension socioculturelle du multilinguisme

Avec l'éclatement des barrières de l'espace et du temps et l'universalisation des moyens et des méthodes de communication, l'information planétaire attire de nouveaux utilisateurs disposant d'une culture propre, d'une langue propre, d'un statut économique propre et d’un patrimoine intellectuel propre. Tout se meut désormais dans une intéractivité où le particulier et le local tendent à s'immiscer (par complicité ou subordination) au commun et universel. Tout œuvre en terme d'information et de communication pour atteindre un objectif commun : parvenir à rendre l'information à la fois disponible et accessible à tout moment, à n’importe qui et n’importe où dans la langue de ceux qui en auront besoin. Or cet Eldorado multilingue de l'information accuse malheureusement un déséquilibre notoire mandaté par une série d'enjeux socioculturels, technologiques et surtout économiques qui d'une part consacre l'hégémonie de certaines langues dominantes (anglaise surtout) et d'autre part œuvrent pour renforcer les diversités culturelles et linguistiques de la société mondiale.

La Société Multilingue : l'état hégémonique

Conduit par cet élan technicisé qui a marqué les débuts de la révolution informatique, tout le contexte informationnel s'est ancré dans l’identité des origines; celle du tout anglophone faisant ainsi une référence à l'origine linguistique anglo-saxonne et plus en particulier américaine de l’outil informatique. Le codage ASCII (American Standard Codification of Information Interchange) des données transitant à l'intérieur des ordinateurs et entre les réseaux téléinformatique ne tient compte que d'un nombre limité de caractères (128) étrangement limités à la représentation de trois langues uniquement : l'Anglais, le Swahili et l'Indonésien. Ce pêché originel américain dont soufrent encore toutes les cultures et les langues surtout non latines au niveau de leur épanouissement universel à travers les technologies de l'information explique cette hégémonie consciente persistante et protégée de la culture américaine et de ses modes d'action. Car "c'est dans la moindre volonté hégémonique consciente, tant l'évidence de l'universalité de leur langue est intériorisée par les américains, qu'a été édifié un réseau planétaire qui ne fonctionne pleinement qu'en Anglais"(24). Rien d'étonnant alors de voir les débouchés d'une pareille hégémonie linguistique sur la prolifération des nouvelles technologies et des ressources d'information dans les contextes des pays anglo-saxons. Déjà 77% des serveurs(25)d'information sont implantés dans les pays anglophones(26) leur donnant ainsi droit à une suprématie au niveau des logiciels(27) et des données (estimée à 80% anglaise et d'origine américaine) disponibles sur les serveurs du monde entier. Cette alliance support/logiciels/contenu allait ensuite émerger sous forme des standards qui élèveraient la langue anglaise au statut de lingua franca, ou langue par défaut de tous les systèmes d'information et de communication. L'ISO(28), l'ECMA(29), le CCITT(30), l'IEEE(31) ... sont autant d'institutions internationales qui sont parties dans leur longue marche de normalisation sur le dénominateur commun de la langue anglaise. Ce n'est très récemment que les initiatives du multilinguisme (d'abord latin) allaient prendre de l'ampleur. C’était les grands soucis de résoudre la représentation des diacritiques dans les autres langues latines (é,ê,à,ù,ç,î,ñ ...) suivis plus tard par la volonté de faire participer les autres langues non latines à un mouvement de culture universelle. C'était des enrichissements successifs de l'ASCII standard codé à 7 bits donnant lieu à des nouvelles normes étendues à 8 bits qui offre une panoplie plus large de combinaisons capables de couvrir toutes les représentations graphiques et les codes de contrôles au delà des 128 éléments de l'ASCII standard. La situation actuelle, comme il en sera fait détail dans les chapitres suivants, progresse beaucoup plus rapidement sur la voie de la multiplicité linguistique universelle dans les univers de l’Internet et de l’Intranet.

La société multilingue : les enjeux de société

A présent que nous avons accès à des systèmes d'information et des techniques de communication planétaires; maintenant que les barrières du temps et de l'espace ne constituent plus des limites d'accès et d'échange de l'information entre les personnes du monde entier, de profondes mutations sont désormais observées dans les méthodes et les procédures de communication entre les individus, les groupes et les sociétés. De nouveaux enjeux d'ordres économiques, techniques, culturels et politiques entrent en considération pour redéfinir les zones d'influence, de complicité et d'alliance, de domination et de partage. Les débuts étaient marqués par un modèle unique celui de la mondialisation à l'image américaine libellé "Bretton Woods"(32) ; cela tend progressivement vers l'ère d’un modèle toujours unique mais à l'image universelle ou tout un chacun dispose d'une part de société où il impose son identité en fonction d'une nouvelle dynamique d’action : renforcer l'initiative l'autodétermination culturelle et oeuvrer pour une meilleure qualité dans les moyens et les procédures concurrentiels à échelle internationale. Les enjeux socioculturels : Conditionnées par la nature linguistique du support technologique et des protocoles qui le gèrent, les nouvelles technologies de l'information ont une incidence inévitable sur notre identité culturelle et les langues que nous utilisons. C’est un état de dépendance à l’égard des " téchno-langues " auxquelles sont soumises les cultures non technicisées à travers les usages extensifs des outils porteurs de cette dominance langagière. Un pronostic est déjà établi dans ce sens prévoyant que "les citoyens incapables de communiquer aisément dans les langues de grande diffusion risqueraient de se voir refuser toute participation dans notre société qui repose de plus en plus sur l'information' (33). C’est dans une alternative linguistique pluraliste que la société mondiale puisera son élixir de jouvence et se prémunira contre un moule unilingue dominant. Car la diversité linguistique et culturelle du monde est en fait porteuse d'un gisement énorme de connaissance et de savoir. Il serait par conséquent très important de développer les alternatives technologiques et les moyens adéquats pour préserver et exploiter cet héritage plutôt que de l'anéantir. Il serait à ce juste titre idéal que chaque utilisateur mondial, indépendamment de sa langue d'origine, d'avoir accès à toutes ces ressources informatives accessibles sur les réseaux mondiaux. La diversité linguistique aurait ainsi le mérite de favoriser les plus-values suivantes : Les enjeux technologiques : Dans la dimension multilingue de la société, l'enjeu technologique se traduit aussi par une série de facteurs dont nous citons les plus importants : Les enjeux économiques : Finalement, toute forme d'anoblissement des effets du multilinguisme mise à part, tout convergera vers une seule nature d’argumentation plausible; celle de l’effet économique et marchand que la promotion du multilinguisme ou son abnégation mettent en évidence. Dans une politique de marché tout est soumis aux fluctuations de l’offre et de la demande. Cette réalité d’ailleurs se confirme dans le contexte de l’économie de l’information et de sa technologie d’usage. Là où les activités industrielles et les services économiques du multilinguisme se développent convenablement sont généralement des milieux à dynamique économique solvable. Si les produits Microsoft ou Apple, générés dans des contextes linguistiques anglophones, adoptent instantanément les langues de Voltaire et de Göethe beaucoup plus avant que celles de Confucio ou d’El Ma'arri, ce n’est ni la plate-forme démographique, qui ne les privilégie d’ailleurs aucunement (voir tableau 1), ni la richesse culturelle qui pourraient expliquer cette priorité ; C’est plutôt la solvabilité des marchés, les droits de propriété et la dynamique des économies d’échelle qui sont au devant de la scène. L'industrie multilingue est devenue tellement porteuse sur le plan économique que l'on estime qu'elle évolue depuis quelques années à un rythme entre 20 et 35% de taux de croissance(34). Le micromonde des langues latines synthétise d’ailleurs cette controverse multilingue entre l’hégémonie d’une langue unique, en l’occurrence anglaise et la tendance vers la multiplicité linguistique voulue et revendiquée par les autres langues latines. Tout se joue dans la nouvelle dynamique de l’Union Européenne qui vise, à travers le développement du multilinguisme technologique et informationnel, la mise en place d’une force de frappe contre l’intrusion américaine dans le marché européen; une intrusion que les américains ont d’ailleurs si bien réussi par l’imposition de leurs référentiels linguistiques et économiques. Les cas de l’éditeur Néerlandais Elsevier(35), le leader mondial des distributeurs de l’information scientifique qui publie plus de 1100 journaux de langue anglaise(36) et le concepteur français de logiciels Borland(37)installé à Scotts Valley en Californie constituent des exemples concrets de cette hégémonie linguistique fondée sur l’argument purement lucratif. Diffuser le tout en anglais ou produire du tout anglais reflète cette conviction implicite que la langue anglaise garantit à travers son effet de filtrage linguistique universel un gain de dividendes considérables. Ce choix éviterait en effet les coûts exorbitants de la traduction répétitive des publications et de la localisation des logiciels nécessaires pour chaque paire de langue afin de pénétrer des zones linguistiques hétérogènes avec le moindre coût. C'est précisément dans cette optique de réduire cette dépendance linguistique que les initiatives de multilinguisme, soutenues par un cadre réglementaire et juridique solide, auraient sans doute les avantages suivants :

La société multilingue : équilibre stratégique

Ces enjeux de société ainsi présentés constitueraient cependant une relative appréciation du phénomène de multilinguisme étant donné les formes et les vitesses de fonctionnement inégales d’une société à une autre. Chaque société développe ses propres valeurs culturels, ses propres repères sociaux, ses propres rouages économiques et ses propres choix politiques ; chaque communauté offre des variables d'une identité propre et d’une perception sociale collective propre. Le multilinguisme, étant surtout un phénomène d'interaction culturel et linguistique, son aboutissement nécessiterait la contribution de tous les partenaires linguistiques concernés afin de garantir un équilibre de partenariat à défaut duquel les enjeux seraient complètement faussés. Il suffit d’observer à titre d'exemple la différence entre un bilinguisme anglais/français dans lequel une symétrie de rapports horizontaux animés de part et d’autre une volonté de compétition et de création et un bilinguisme anglais/arabe entièrement pris sous la houlette d’un rapport vertical d’ordre économique (marchés solvables sans économie d’échelle sur le plan local) et culturel (apprentissage " forcé " des langues sources). Un multilinguisme basé sur une verticalité de rapports ne saurait garantir un équilibre de partenariat enrichissant; car tout sera déterminé dans l’optique d’une production en masse de ressources et de services sans tenir compte des particularités quoi que infimes propres au consommateurs. Le cas du bilinguisme arabe/latin est un exemple de cette hiérarchie de rapport linguistique qui atteint à certains niveaux d’usage un degré d’incompatibilité entre le référentiel culturel arabe et les solutions techniques qui lui sont proposées(38). La diversité culturelle et linguistique devrait être une initiative partagée et voulue où les différentes langues interagissent à double sens s’enrichissant elles mêmes des expériences des autres et contribuant au même temps aux acquis des autres. Pour ce faire, un ensemble de prérogatives et de solutions sont nécessaires pour préparer la plate-forme d’une intégration égalitaire à tendance horizontale d’une société multilingue globale.

Les prérogatives d’un multilinguisme équilibré :

En fait, ces prérogatives ne sauraient rester à l’écart du courant des programmes nationaux, régionaux voire internationaux de développement stratégiques et durable. Étant donnée l’importance qui leur est attribuée pour consolider les programmes de réajustement structurel, d’intégration socio-économique et d’échanges culturels, les prérogatives et les solutions du multilinguisme sont soumises aux grands choix stratégiques de l'Etat et de sa politique de privatisation, de l’enseignement et de la recherche ; des protagonistes qui constituent dans un rapport de complémentarité le cadre officiel, la force de manœuvre et l’orientation stratégique à entreprendre.

Le rôle de l'Etat.

Le rôle de l’enseignement

Le rôle de la recherche (R&D)

LA DIMENSION TECHNIQUE DU MULTILINGUISME DE LA SOCIETE D’INFORMATION

Quelles que soient les solutions retenues pour la mise en place de l'ossature d'une société universelle multilingue, la motivation intellectuelle, l'approbation politique et l'enthousiasme pour la recherche ne suffiront pas. Une part d'action est indispensable pour mettre en place, à des niveaux d'inégalité parfois évidente, les composantes d'un puzzle qui ne se reconstitue qu'à travers l’interaction positive entre les deux protagonistes de toujours : le contenant et le contenu. Par contenant il s'agit de l'infrastructure de traitement et de communication de l'information à échelles locales, régionales et internationales qui véhicule cette information dans des aires plus vastes, pour des usages composites. Par contenu il est question du patrimoine culturel propre mis à la disposition de la communauté internationale. Ce contenu gagnerait à faire recours à des outils qui assureront son accessibilité d'un point de vue linguistique ainsi qu'à une normalisation internationale qui tout en respectant ses propres valeurs d’identité lui permettrait une ouverture sur les cultures du monde. L'infrastructure : le cheval de Troie C'est la formule sine qua non pour le passage d'un mode d'isolement à un univers de branchés. La portée de la mondialisation ne laisse aucun choix aux retardataires. Comme le synthétise Hervé le Crosnier, modérateur du groupe de discussion Biblio.fr " A l'heure expérimentale, chacun juge la simple prouesse qui consiste à participer à l'expérience. A l'heure du succès mondial, tout nouveau venu est jugé à l'aune de la qualité de son service, de son apport particulier, de ses innovations ... "(41). Nous sommes déjà depuis longtemps dans une époque de connectivité et de réseaux. Simplement l’évolution reste toujours cantonnée dans des pôles d’excellence et d’influence. En effet, le contexte actuel en terme de disponibilité de l'infrastructure, après avoir connu le ras de marée de la microinformatique, se trouve maintenant confronté à un nouvel obstacle ; celui de l'effet réducteur du coût de la téléphonie et des techniques qui en dépendent. L'image qui s'est faite dessiner en terme de réseaux et de systèmes client-serveur est que tout est réalisé (comme d'ailleurs le suggère le terme en soi alors qu'issu d'un contexte purement technologique) dans un rapport économique entre un serveur (un vendeur de ressources et de services) et un client qui s'y connecte pour dépenser son argent. Toutes les sociétés en développement ainsi que la conception collective générale moyennement avertie, s'y font prendre sous l'effet d'une argumentation souvent technologique, parfois financière et même politique ou culturelle. Cette tendance pourrait être cependant renversée si nous considérons réellement les potentialités actuelles d'une infrastructure téléinformatique de base ; une potentialité qui garantirait aux pauvres une possibilité d'accès aux réseaux mondiaux conformément à leurs moyens financiers. Stéphane Bortzmeyer, intervenant dans le forum Nord/Sud que le journal Le Monde a lancé sur Internet synthétise cette alternative de l'informatique des pauvres en précisant que l'"On peut installer un serveur de courrier électronique avec un simple PC, une ou plusieurs lignes téléphoniques (ce qui représente une dépense importante et une grande source d'ennuis dans plusieurs pays) et autant de modems. Le logiciel nécessaire est entièrement gratuit (non seulement le système d'exploitation mais aussi tous les logiciels supplémentaires. On a donc le moyen, communément utilisé en pratique, de monter un "Serveur du pauvre". De telles machines fonctionnent quotidiennement pour gérer un "BBS" (petit serveur local), se connectant à l'Internet, font tout ce que font les "grands""(42). Un gain de cause est également assuré par une configuration astucieuse, celle de profiter des connexions promotionnelles gratuites des "éléphants blancs" d'Internet comme Calvacom, Compuserve, America On Line ... et de fédérer tous les services de messagerie locale sur un serveur programmé pour expédier en lot tous ses messages par des périodes de réduction tarifaire. Les alternatives sont désormais disponibles. Le problème est de savoir-faire le bon choix et savoir en tirer profit. A ce niveau se pose toute l'importance de l'usage et de l'utilisabilité d'une infrastructure, qui à l'instar d'un cheval de Troie, éblouit par ses aspects ludiques et luxuriants une large population mondiale qui s'y précipite mais qui vite s'y fait prendre par un problème tant de contenu que de manque de contenu. Le contenu Une société multilingue nécessiterait à ce juste titre d'oeuvrer pour éviter la mise en place d'une uniformisation culturelle et linguistique; en l'occurrence anglo-saxone qui freinerait l'épanouissement des expressions nationales et la transmission des patrimoines culturels multiples. Ce n'est pas par obsession d'un anti-américanisme qui ne doit plus d'ailleurs constituer un "challenge" mais, comme le fait souligner Alain Minc, c'est plutôt par souci de voir bafouer sa propre identité qu'il faudrait s'y prendre. "Un enfant qui prépare un exposé sur Napoléon n'à à sa disposition que des base de données anglo-saxones"(43). Les chances de trouver une base de données française étaient réduites. Que dire alors d'un enfant qui cherche la biographie de Desmond Tutu ou du Mahatma Ghandi en Wolof ou Ourdou respectivement ? Ce n'est même pas la peine de tenter la chance de chercher. A qui faudrait il attribuer la responsabilité dans ce cas de figure ? Certainement pas aux américains uniquement parce que 80% des données sur les réseaux sont en anglais. On serait en train de jouer le rôle de la victime innocente prise à son propre piège. Ne serions nous pas plutôt redevables aux américains pour nous avoir fourni une alternative d'accéder à la connaissance et au savoir que nous avons payée par l'apprentissage de leur propre langue ? Chacun aurait pu développer son propre résidu culturel et le mettre en accès grand public. Ce qui est évident de toute façon, c'est que l'évolution ne ménage guère les retardataires et la concurrence ne compense pas les récidivistes. En réalité cet état de fait est porteur d'un dilemme assez important que l'on retrouve dans beaucoup de positions et d'attitudes chez les politiciens et l’intelligentsia nationaliste dans beaucoup de pays surtout ceux en voie de développement. Ce dilemme se traduit par un questionnement du facteur du multilinguisme comme étant une nécessité ou une entrave dans l’accès à l'IST. Il est claire de toute façon qu'en fonction du contexte ou il s'exerce, le multilinguisme peut adopter les deux valeurs inverses. Quand il s'agit d'une globalisation interactive, multidirectionnelle et égalitaire au niveau des ressources et des moyens d'accès, le multilinguisme devient une nécessité enrichissante. Par contre, il constituerait un blocage chronologique dangereux face à un besoin informationnel urgent qui pourrait toujours s'effectuer dans les langues de l'infrastructure utilisée ou du service consulté. Bref, il s'agit d'atteindre un équilibre entre le trio stratégique : développement technologique, contenu informationnel et universalité culturelle. Le développement d'un contenu multilingue passerait dans tout les cas de figure par une série de procédures diverses qui toucheraient tant le monde de l'édition et des droits d'auteurs que le contexte de la technologie de la numérisation et de l'industrie de la langue. Produire un contenu scientifique et technique, c'est avant tout récupérer un patrimoine culturel en le numérisant sur des supports fixes et durables, c'est promouvoir le contexte de la recherche et de son cadre institutionnel et juridique. C'est également démocratiser une société et ouvrir ses horizons d'expériences et d'échange à échelles internationales par l'apprentissage des langues et la traduction des œuvres scientifiques dans les langues qui assureraient leur assimilation par des forces productrices nationales. Cependant, le questionnement de l'aspect purement technique du multilinguisme ne saurait ignorer deux éléments fondamentaux de son émergence dans l'univers électronique des réseaux et des systèmes distribués : - la diversité dans les techniques de représentation, de manipulation et d'affichage des données; - la multiplicité des procédures et des démarches dans la recherche et la restitution des données multilingues. Le codage des jeux des caractères : du quitte au double La problématique remonte aux origines de l'âge informatique et de la codification binaire des caractères dans les systèmes informatiques évolués. Basés sur une source d'énergie électrique, cette technique faisait appel à l'alternance du passage et de l'arrêt du courant sur les circuits électriques pour en faire un grand nombre de combinaisons devenues célèbres sous l’appellation de codes binaires. L'ASCII : une histoire de simples caractères

C'est durant les années 50, qu'est apparu le besoin de procéder à une codification normalisée de l'industrie de la communication non pas aux Etats Unies seulement mais aussi aux autres puissances émergeantes : l'Europe et le Japon. Une telle initiative fut immédiatement prise en charge par l'ISO/TC97/SC2 (l'organisation Mondiale de Normalisation / Comité Technique 97 / Sous comité 2) à travers l'EIA (Electronic Industries Association), l'ASA (American Standards Association) avec pour objectif de développer un standard de codification capable de représenter les données sur tous les médias de l'époque. Issu d'un effort de recherche américain, un code de représentation de caractère est née sous l'acronyme ASCII (American Standard Codifications for Information Interchange). Après beaucoup de débat concernant le nombre de bits à adopter pour représenter les données, la décision a vite pris un penchant pour un codage à 7 éléments binaires qui allait garantir la représentation de 128 caractères indépendants dans une matrice de 16 lignes sur 8 colonnes. Cette matrice allait ensuite servir, dans ses deux formes standard (7 bits) ou étendues (8 bits) de support officiel pour toutes les représentations codées des autres langues. La codification ASCII limitée à un codage sur 7 bits constituait cependant un obstacle à la localisation ainsi qu'à l'internationalisation de l'outil informatique car il ne permettait sur cette base binaire de composer que 128 possibilités de codes (27 = 128). Pour longtemps cette forme de codage a régné sur le monde informatique et téléinformatique pour devenir rapidement un standard international adopté par l'ISO sous le numéro de référence ISO 646. Logiciels, données, réseaux de télécommunications s'y sont identifiés procréant des ressources, distribuant des services sur la seule base du 7 bits; une base qui ne coïncide qu'avec la représentation de la langue anglaise et curieusement de la langue Indonésienne et du Swahili. Or l'internationalisation de l'outil et sa pénétration dans des contextes linguistiques divers (90% du reste de la population mondiale) a engendré des problèmes d'usage imposés par les limites observées au niveau de l'ASCII dans la représentation des caractères particuliers aux autres langues du monde qui se sont ainsi rabattues sur une large panoplie de jeux de caractères nationaux complètement disfonctionnels en réseau vu leur incompatibilité les uns avec les autres. Une extension du code ASCII, déjà universellement établi devenait indispensable pour garantir la présence internationale de toutes les langues. Depuis 1987, de nouveaux jeux de caractères codés à 8 bits (28 = 256) devenaient disponibles. C'était la période de l'ISO 8859 suivi du standard 10646 et de l'UNICODE, chacun marquant un gain considérable dans l'internationalisation des jeux de caractères et la présence de toutes les langues du monde dans la nouvelle société de l'information. L'universalisation s'accomplit actuellement soit par des accords bilatéraux émetteur-recepteur pour l'utilisation symétrique des mêmes protocoles de représentation graphique, soit dans certains cas évolués d'Internet, par les techniques de l'étiquetage des jeux de caractères et la négociation des langues. La "soupe" ISO 8859 : un pas vers l'Internationalisation

Des extensions de code sur 8 éléments binaires devenaient indispensables pour aller au delà des limites des 128 caractères et garantir ainsi la présence de toutes les langues internationales sur les réseaux du monde entier. Depuis 1987, de nouveaux jeux de caractères codés à 8 bits devenaient fréquents et disponibles pour doter les systèmes informatiques d'une représentation allant jusqu’à 256 combinaisons binaires possibles. La norme ISO 8859 et ses sous catégories linguistiques allaient favoriser l’internationalisation des solutions informatiques et téléinformatique tant au niveau de l'applicatif que celui du matériel. Basées sur une uniformité au niveau des 128 premiers caractères de l'ASCII standards, les sous classes de l'ISO 8859 allaient d'une part consacrer le rôle fédérateur de la langue anglaise comme pivot central de tout système multilingue mais d'autre part permettre de mettre en place autant de systèmes multilingues entre paires ou plus de langues. La famille ISO 8859 couvre une dizaine de langues du monde entier reparties comme suit : ISO 8859-1 : plus connu sous l’appellation Latin-1 couvre les langues de l'Europe de l'Ouest; ISO 8859-2 : Latin-2 conçu pour couvrir les langues de l'Europe centrale; ISO 8859-3 : Latin-3 est plutôt orienté vers l'Espéranto, le Maltais, le Tuque; ISO 8859-4 : Latin-4 présente les lettre d'Estonie, Lituanie et Latvia; ISO 8859-5 : sert à représenter les langues cyrilliques bien qu'en Russie on lui préfère l' KOI8-R; ISO 8859-6 : est destiné aux caractères arabes; ISO 8859-7 : représente les caractères grecs; ISO 8859-8 : concerne l'hébreux; ISO 8859-9 : Latin 5 n'est utilisé que pour substituer les lettres de l'islandais dans le jeux Latin-1 par des lettres turques. ISO 8859-9 et ISO 8859-10: ne sont utilisés que rarement pour substituer certaines lettres dans le jeu Latin-1 par des lettres particulières. Les problèmes de l'ISO 8859, et d'ailleurs de toute norme basée sur un codage 8 bits, l’ont empêché de s'imposer comme un standard de fait bien qu'il soit le plus fréquemment utilisé à coté de l'ASCII standard. Autant ils permettent des solutions à des problèmes de représentation des diacritiques pour les langues latines ou toute autre langue qui se situe dans la partie supérieure aux 128 premiers caractères de l'ASCII, autant ils deviennent un handicap sous des systèmes aux 7 bits forcés encore plus courants. Avec le problème des systèmes thématiques qui ont tendance à réserver le huitième bits à la parité (pour le contrôle de flux), ont peut expliquer les caractères ambigus ou complètement absents des textes que l'on reçoit par messagerie. Face à ce problème non encore résolu pour des problèmes de consensus impossible à obtenir pour faire usage des même jeux de caractères, une nouvelle méthode de codification basée sur 16 bits (2 octets) est entrée maintenant en vigueur avec le soutien unanime de toutes les institutions internationales de normalisation ainsi que des plus prestigieux du monde de l’informatique; l'UNICODE. L'UNICODE et l'ISO 10646 : vers une fusion de principe

L'UNICODE est un système de codage basée sur 2 octets; donc susceptible d'aller très loin au delà des 128 combinaisons de l'ASCII ainsi que des 256 possibilités de représentation de l'ISO 8859 pour atteindre les 65.536 caractères représentant toutes les langues du monde depuis l'antiquité. UNICODE est plutôt orienté vers le traitement des scripts (collection de symboles) plutôt que les langues. Les caractères sont ainsi linguistiquement neutres dans la mesure où une représentation graphique d'un glyphe dans deux langues ou plus ne sera effectué qu'une seule fois desservant ainsi les exigence d'affichage ou de traitement d'une langue comme de l'autre. Très récemment, le standard UNICODE s'est fait adhérer à la norme ISO 10646 par approbation du consortium Unicode et de l'ISO. Il en sera le sous produit normalisé donc bénéficiant d'un soutien considérable pour son acceptation internationale. Déjà des grands producteurs de logiciels l'ont adopté. Microsoft Windows NT est entièrement conçu en Unicode et Windows 95 l'a utilisé au niveau de son interface d'Aide en ligne. Champs d'application L'idée des jeux de caractères est la solution clé pour l'usage de plusieurs langues sur un système informatique. Chaque ordinateur dispose d'un ensemble de jeux de caractères qui lui permettent, à travers les opérations de codage et de décodage de gérer des suites numériques et de communiquer avec l'utilisateur.

La plate-forme informatique de bureau : Macintosh (Mac) & Personal Computer (PC)

Toutes les machines PC, Macintosh et Unix se partagent les mêmes jeux de caractères au niveau des premiers 128 caractères propres à l'ASCII. Un "a" transmis d'un PC vers un Macintosh sera reçu tel quel, ce qui n'est pas le cas des diacritiques ou des caractères non latins tous identifiés par des codes au de la de la position 128. Les ordinateurs gèrent ces différents jeux de caractères par l'intermédiaire des Pages de Codes (Code Page) sur les PC et la techniques du "Keymapping" pour le Macintosh (La frappe sur clavier effectue la localisation des touches que le logiciel en cours traduit par un lien entre une position et une valeur numérique). Les plates-formes des PC de bureaux est tellement développée en multilinguisme que le problème d’un ordinateur de bureau multilingue ne constitue plus un problème majeur. Les systèmes d’exploitation sont toujours équipés des ressources nécessaires pour substituer un jeux de caractères par un autre simultanément et par alternance. Il suffit d’agir sur certaines lignes des fichiers autoexec.bat et config.sys pour ajouter ou modifier les paramètres relatifs aux jeux de caractères appropriés. Le Code Page 850 (Latin-1) est le CP par défaut gérant un plus grand nombre de langues à la fois. Tout l’intérêt est actuellement aux réseaux larges distances, aux systèmes d’information distribués et aux architectures client-serveur qui en plus d’assurer le multilinguisme de leurs propres plates-formes, doivent maintenant faciliter les voies à y accéder.

La plate-forme informatique distribuée : Internet

Internet a vu le jour aux Etats Unis d’Amérique dans les laboratoires de l’armée. Il faudrait donc s’attendre du coté linguistique au tout anglais en ce qui concerne les protocoles ainsi que des interfaces utilisateurs des multiples programmes qui peuplent l’univers Internet. Certains d’entre eux cependant ont déjà subi des transformation qui en ont fait des mutants internationaux. On parle désormais de programmes de messagerie multilingues, de navigateur Web multilingues, de la localisation d’interfaces Homme Machine Internet pour répondre à des exigences linguistiques particulières ... Bref, le multilinguisme trouve également sa voie sur l’Internet bien qu’à pas très lents mais sûrs. Quelques-uns des protocoles portent déjà le critère du multilingues. Mail :

La messagerie sur Internet est basée sur le protocole SMTP (Simple Mail Transfer Protocol) et sur un standard de format de message RFC 822 (Request For Comment); tous deux exclusivement soumis au codage 7 bits. SMTP a cependant subi une extension (ESMTP) pour supporter les 8 bits nécessaires à une codification au delà de l’ASCII. Une contrainte cependant reste encore en vigueur : pour bien communiquer en 8 bits, le système expéditeur doit négocier la langue de son message à posteriori de l’envoi du message. Avec l’existence encore importante de serveurs sur le réseaux strictement conformes aux 7 bits, il n’est pas évident que les messages expédiés en 8 bits soient livres convenablement. Mime (Multipurpose Internet Mail Extensions), une extension au RFC 822 devient progressivement une alternative de choix. Mime n’est pas une façon de coder les données mais plutôt un moyen de déclarer et d’informer le récepteur du contenu du message. Ceci se présente sous forme de quelques lignes ajoutées à l’entête du message avec des indications sur le contenu, le nom du jeux de caractères ..." Content Type; Character Set...) ". L’indication du jeux de caractères n’est indispensable que si elle diffère de l’ISO 8859-1 adopté par défaut par Mime. L’inconvénient de Mime est son manque d’universalité. On peut expédier un message avec tout genre de déclaration Mime dedans. Si le destinataire n’a pas un décodeur Mime on aboutit toujours sur des caractères illisibles. FTP :

Le File Transfer Protocol par la nature même de sa fonction comme transporteur de fichiers devrait normalement se passer des restrictions linguistiques. Si ceci est presque toujours vrai, la seule limite se fait sentir au niveau de l’option d’envoi en mode texte pour gérer les retours chariot de fin de lignes. Certaines applications prennent la notion de fichier texte équivalente à l’ASCII, donc élimine automatiquement les caractères accentués ou non latins. Une solution est pourtant envisagée : l’envoi en mode binaire (binhex) qui n’agit aucunement sur la forme du contenu du fichier. Telnet :

C’est aussi l’un des services de renommé sur Internet. Son problème est qu’il ne fonctionne qu’avec le 7 bits éliminant toute forme de définition ou de négociation de la langue. WWW :

C’est le service par excellence de l’Internet. Grâce à la technique de Proxy, il assimile sous la même interface tous les autres utilitaires et protocoles déjà en service (ftp, telnet, mail, chat, news, gopher, bbs ...)

WWW (World Wide Web) ou W3 fait appel à trois différents standards pour l’usage de plusieurs jeux de caractères :

  1. HTTP (Hypertext Transfer Protocol) : Il s’agit d’un protocole 8 bits permettant le transport de données hétérogènes. Sa similitude au Mime dans la déclaration des Metadata (données sur les données!!!), en fait un outil capable d’entamer une négociation et une identification de la langue. HTML, à l’instar du paramètre CHARSET de Mime, permet la définition de documents multilingues par la définition du jeux de caractère à utiliser pour chaque section du texte.
  2. URL (Uniform ressource Locator) : C’est l’adresse électronique des documents et des ressources accessibles sur le Web. A ce niveau de manipulation de donnée, le Web n’accepte au niveau des URL que du texte ASCII ou du 8 bits dont les extra 128 caractères devraient être représentés par des valeurs encodées équivalentes.
  3. HTML (Hypertext Mark-up Language) : C’est la lingua franca du Web. Limité dans ses premières versions à un codage en Latin-1 (8 bits), nous trouvons actuellement ses dernières versions complètement converties à l’UNICODE.

Fig.1 : L'éditeur HTML Tango Multilingue d'Alis Technologies (Canada)

Fig.2 : Le navigateur multilingue Accent Mosaïc

Le traitement des données multilingues : un outillage complexe Il est évident que si jusqu’à ce niveau de la représentation des caractères, les solutions du multilinguisme étaient plus ou moins résolues pour une grande panoplie de langues internationales, le plus complexe reste encore à faire au niveau de la conception d'outils linguistiques adéquats qui interviendront au niveau des processus du traitement des données multilingues et plus particulièrement au niveau de la recherche et de la récupération des données. C'est le domaine tout nouveau des industries de la langue et de l’ingénierie linguistique qui selon le vieux adage "premier venu premier servi", va voire se développer tout au long des dernières décennies, une série d'outils multilingues nécessaires pour le traitement linguistique automatisé. Nous pourrons citer à titre d'exemple les dictionnaires bilingues électroniques, les bases de données lexicales, les bases de connaissance, les générateurs morphologiques, les analyseurs de textes, les corpus textuels informatisés, les bases de données vocales, les thesaurus multilingues... toutes propres aux langues porteuses d'une dynamique économique importante, en l'occurrence les langues latines. Tous ces outils sont en réalité portés sur l'étude des domaines de spécialité suivants : CONCLUSION

L’activité de la recherche dans le domaine du multilinguisme reste relativement très récente par comparaison à une longue et profonde introduction de l’anglicisme dans les ressources, les techniques et même les usages relatives à l’information. Cette suprématie langagière restera encore dominante tant que beaucoup de facteurs socio-économiques et politiques ne se sont pas réunis pour créer un début d’équilibre stabilisateur qui donnera aux autres langues la possibilité de coexister dans les contextes scientifiques et de recherche; car c’est là que se joue l’avenir de beaucoup de nations et de cultures du monde en développement. Si les autres langues latines autre que l’anglaise sont parvenues à imposer ce début d’équité, ce n’est pas uniquement pour des raisons d’appartenance à la même famille latine, c’est plutôt dans des considérations beaucoup plus concrètes d’ordre stratégique. Le contexte de l’Union Européenne et les potentialités d’un marché Européen local oblige une complémentarité linguistique que seul la recherche dans le domaine du multilinguisme pourrait assurer. Le Japon confirme aussi cette thèse économique du multilinguisme. Avec une langue syllabique beaucoup plus complexe que toutes les autres langues phonologiques, si nous prenons toujours l’anglais comme langue de référence, la langue japonaise a vite trouvé sa voie sur les réseaux mondiaux de l’information. C’est un stimulant économique sans doute qui lui a donné tout le support de l’industrie linguistique du monde, mais c’est essentiellement parce que les solutions apportées à sa présence internationale sont issues d’une initiative locale, donc fondée sur des analyses naturelles et cohérentes avec les plus petites particularités de la langue maternelle. On assiste actuellement à la prolifération de beaucoup de solutions multilingues proposées ici et là par des institutions étrangères à ces langues conduites par une impulsion de marketing. Or certaines langues, contrairement à toutes les langues latines, ne se sont pas encore industrialisé même au sens calligraphique du terme. Dans le cas de la langue arabe, même après son passage à l’outil informatique a gardé à titre d’exemple ses aspects calligraphiques manuelles au niveau de l’aspect cursif des caractères (la kashida). L’industrie de la langue obéit également à un phénomène de normalisation qui lui assure une marge d’acceptabilité plus vaste. Dans un mouvement de localisation des produits multilingues arabes, nous observons actuellement plus d’une douzaine de jeux de caractères utilisés par un produit ou un autre. Les solutions multilingues ont toujours sillonné l’histoire de l’informatique arabe sans pour autant parvenir à faire imposer un standard de fait. Il a suffit à Microsoft d’aborder le marché arabe avec un produit traduit, mais conforme à une norme internationale bien reconnue pour que toutes les solutions multilingues locales s’effacent. Dans une nouvelle dimension d’une société d’information globalisante comme celle que nous vivons actuellement, ce n’est pas uniquement le secteur de la recherche et de la technologie qui doit s’adapter aux nouvelles exigences de la concurrence économique et de la suprématie technologique, il y a tout un travail de démocratisation de la société, de perfectionnement qualitatif des contenus et de promotion à la recherche scientifique et technique qui doit surgir de l’intérieur même de la conviction collective locale et non imposé par une conjoncture extérieur qui risquerait de marginaliser certaines particularités nécessaires à la survie d’une langue ou d’une culture quelconque.


NOTES

  1. Voir Le Monde Diplomatique . Série Manière de voir. n° M1909 d’Octobre 1996
  2. Les étapes d'évolution d'une société, comme le définit Alvin Toffler dans sa théorie de la "troisième vague", passe par un état de société agraire à une état de société industrielle pour aboutir à l'état de la société post-industrielle ou société informationnelle.
  3. Jacques Stern. Une nouvelle société est en train de naître. Le Monde Informatique. 14 juillet 1995. p.17
  4. André Danzin. Vers une infrastructure linguistique Européenne. Rapport présenté par le Groupe de Reflexion Stratégique pour la Commission des Communautés Européennes (DGXIII) 1992, 62p.
  5. Il s'agit d'une méthode d'entrainement de la mémoire qui permettait de se souvenir d'un ensemble de mots par une asociation d'idées entre la liste des mots en question et des éléments identifiant des lieux connus dans une logique bien déterminée.
  6. Philippe Breton. Une Histoire de l'Informatique.Paris: La Découverte, 1990. 261 p.
  7. Philippe Breton. Op. Cit. p.45
  8. Il s'agit de Von Nauman et son architecture informatique; Norbert Wiener et sa science cybernétique; Claude Shanon et sa théorie sur l'entropie
  9. Philippe Breton. Une histoire de l'informatique. Paris : La Découverte, 1990. 261 p.
  10. Blaise Lempen. La prothèse infromatique. Nouvelles de la Science et des technologies, vol.11,n°1, 1993; pp.75-80.
  11. Dominique Höltgen rapporte dans son article "L'Afrique asur internet", Jeune Afrique, n°1821 du 30 Novembre 1995. pp.59-62 qu'il y a une implantation de 66 million d'orinateurs dans le monde (branchés sur Internet) dont 65% se trouvent aux USA; 22% en Europe de l'Ouest; 7% en Asie; 4 % au Canada; 1% en Europe de l'Est et 1% en Afrique et au Moyen Orient.
  12. Stéphane Bortzmeyer (http://web.cnam.fr/bortzmeyer/home_page.dom) cite dans " Le logiciel de la dominance et celui de laliberté " le cas du projet franco-IBM pour connecter l'Afrique au réseau Earn/Bitnet. Après l'installation par IBM de l'infrastructure de communication qui a si bien marché au début, tout fut arrêté après le départ de celle-ci et rien ne marche plus depuis lors.
  13. Jacques Robin. Les pièges d’une société de l'information planétaire. Le Monde Diplomatique. Hors-série, M 1909, Octobre 1995. pp.67-68.
  14. Roland Ducasse. Systèmes hypermedias distribués et Internet : les limites technologiques et conceptuelles d'un modèle de communication pour l'information scientifique et technique. Revue Informatique et statistqiues dans les sciences humaines. Université de Liège. Vol.32.n°1-4, 1996. pp.89-97.
  15. Paul Virilio. Le Monde Diplomatique, Série Manière de voir. Octobre 1996. p.54
  16. Voir Forum Nord/Sud à l'adresse http://www.monde-diplomatique.fr/md/Forum/index.fr.html ou ses archives à l'adresse http://www.ina.fr/CP/MondeDiplo.Forum
  17. Dominique Höltgen. L'Afrique sur Internet. Jeune Afrique, n°1821 du 30 Novembre 1995.pp 59-62
  18. Yvonne Mignot-Lefebvre. Technologies de communication et d'information : une nouvelle donne internationale. Revue Tiers Monde, t.XXXV, n°138, avril-juin 1994
  19. Yvonne Mignot-Lefebvre. Op. Cit. p.264
  20. Johan Emberg. Towards a new paradigm for international cooperation : Telematics and computer networks, tools for sustainable development of rural and " remote " regions and countries ? UIT, JE/4.6.95 [Draft]
  21. Edward M. Roche. Can developing countries change the balance ? Conference paper "Challenges for Information management in a world economy 1993". Infomation Resource Management Association International Conference. University South Orange. New Jersey. 1993.24 p.
  22. Monique Lefebvre., Jacques Ouellet. Génie linguistique et francophonie : enjeux et dtratégies. Université, mai-juin 1993. pp.42-45
  23. Bernard Cassen. Le Tout-anglais n'est pas une fatalité. Le Monde Diplomatique, Série Manière de voir. Oct. 1996. p.81-82
  24. Bernard Cassen. Le Tout-anglais n'est pas une fatalité. Op.Cit.
  25. Ne pas confondre avec les 65% d'ordinateurs (serveurs et stationsde travail) du parc mondial déténus par les américain. (Voir citation Yvonne Mignot-Lefebvre. Op.cit., note 18)
  26. Bernard Cassen. Op. cit., p.813.
  27. Voir statistiques au niveau de la note 18.
  28. International Standards Organisation http://www.iso.ch/welcomef.html
  29. European Computer Manufacture Association http://www.ecma.ch/
  30. Comite Consultatif International Telegraphique & Telephonique http://www.sandybay.com/pc-web/CCITT.htm
  31. Institute of Electrical & Electronic Engineers http://www.ieee.org/i3e_txhp.html
  32. Voir le Cours de Dr. Spindler sur l'Economie Politique. http://www.auburn.edu/~polisci/U102/spin-sp95/spindler.html
  33. Commission de la Communauté Européenne. La Société de l'Information Multilingue. http://www2.echo.lu/mlis/fr/mis_fr2.html
  34. Monique Lefebvre, Jacques Ouellet. Op. Cit. p.44
  35. Voir Elsevier home page à l'adresse http://www.elsevier.com/
  36. Voir Elsevier Science à l'adresse http://www.elsevier.com/info/About.html
  37. Voir profil de Borland sur http://cause-www.colorado.edu/member-dir/corp-profiles/borland.html
  38. Mokhtar Ben Henda. Vers une normalisation des pratiques de communication dans un contexte d’un multilinguisme intégral : le cas du contexte arabe/latin. Colloque International " Penser les Usage ". ADERA, France Telecom. Arcachan, Bordeaux. 27-28-29 Mai 1997.
  39. Voir Internet et les moteurs de recherche multilingues : A quoi sert l'information si on ne peut la retrouver? A l'adresse http://www.univ-lyon1.fr/CISM/Documents/Sources_Info/Moteurs_de_recherche_multilingues.html
  40. Voir les agents intelligents. Cybion, décembre 1996 à l'adresse http://www.cybion.fr/agents/agents.htm
  41. Message de Hervé le Crosnier diffusé sur Internet aux membres de Biblio.Fr a la date du 31Mai 1995.
  42. Joseph Bortzmeyer Op. Cit.
  43. Alain Minc. Si elle n'est pas numérisée, notre culture disparaitra. Le Monde Informatique, 14 juillet 1994, p.33