La recherche : un retour aux sources
Mokhtar BEN HENDA
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Il était une fois, un jour du mois de février 1982, ma dernière année d’études en Maîtrise Combinée de Langues à l’Institut Bourguiba des Langues Vivantes de Tunis, je consommais 100 grammes de « glibettes » (grains de tournesol) que le marchand de l’avenue de la Liberté à Tunis m’avait remis, comme il est encore coutume de le faire, dans un cône de papier arraché dans un vieux journal. J’avais l’habitude de ne pas jeter le papier d’emballage avant de le parcourir par curiosité de découvrir des choses nouvelles et insolites. Je gardais cette habitude depuis l’enfance quand je servais les clients de mon père épicier de quartier dans du papier des magazines, revues et journaux achetés au kilo en grandes quantités chez les fournisseurs locaux pour des besoins d’emballage. Ce jour là, j’étais servi dans une feuille de papier arrachée dans Dialogue, un magazine national de l’époque. La page contenait un article en langue arabe qui posait la problématique du rapport entre la langue arabe et les langues latines en termes de directionnalité de l’écriture et du système de comptage arithmétique décimal. Déformation de linguiste oblige, le détail ne passait pas sans éveiller en moi une intrigue particulière suivie d’une réflexion première et d’une analyse de premier abord. C’était le déclic d’une première série d’interrogations qui m’ont toujours accompagnées chaque fois qu’il était question de système numérique décimal ou de composition de textes multilingues arabe-latin. La bidirectionnalité de l’écriture était l’une des polémiques présente dans ma façon d’appréhender les systèmes d’écriture et les mécanismes algorithmiques de comptabilité. Elle m’a conduit à l’état actuel de recherche que j’essaie de décrire dans ce document de synthèse. Intrigues de recherche et affinités linguistiques se sont ainsi conjuguées pour délimiter un champ d’investigation qui allait conditionner mes études et recherches futures.
Déjà, courant cette même année, emporté par mon enthousiasme pour les cours de linguistiques générales qui nous étaient donnés par Pr. Salem Ghazali, disciple de Chomsky, j’ai franchi le premier pas vers le monde de la recherche scientifique en réalisant un travail d’investigation hors programme en langue anglaise qui consistait à faire des analyses et établir des statistiques sur les formes et les taux des conversions phonologiques dans les translittérations et les emprunts morphologiques entre l’arabe et les langues latines comme l’anglais et le français. Il fallait quantifier et argumenter, à titre d’exemple, pourquoi le phonème « P » dans le mot « Pansement » est converti vers l’arabe informel en « F » comme dans le mot « Fasma » alors que le même phonème « P » dans le mot « Police » est converti en « B » comme dans le mot « Boulis ». Le travail avait abouti à un document manuscrit non publié qui pourrait être repris un jour pour une meilleure analyse de la question.
Plus tard, entre 1983 et 1985, des études de troisième cycle au Centre des Études Bibliographiques et Documentaires de Madrid-Espagne dans la discipline Documentation, Bibliothéconomie et Archivistique m’avaient permis de renouer avec cet intérêt pour la langue arabe et les problématiques linguistiques qu’elle présente dans ses aspects génériques, en l’occurrence, le système d’écriture de la langue arabe et son évolution historique. C’était un travail de recherche d’une année de spécialisation en histoire du livre réalisé sous la direction de Doña Maria Luísa López-Vidriero Abelló, responsable du département des manuscrits et des livres rares de la bibliothèque nationale d’Espagne. L’étude concernait l’art graphique dans l’éducation élémentaire orientale. Il s’agissait d’étudier l’évolution historique des institutions coraniques préscolaires connues sous le nom de « Kuttab » et d’évaluer leurs approches pédagogiques d’enseignement basées sur la rhétorique et leurs systèmes d’écriture graphique basés sur les modèles très anciens des tablettes d’argile et des Qalams de bambou utilisés par toutes les civilisations du Moyen-Orient et du bassin méditerranéen, en Mésopotamie, dans l’ancienne Égypte, en Grèce antique, à Rome et Byzance et dans le monde arabe.
Il m’a fallu attendre toute une décennie plus tard pour trouver l’occasion et le contexte de reprendre la problématique initiale de la bidirectionnalité et pouvoir l’inscrire dans un programme de recherche approfondie et de longue haleine. C’était le travail de recherche en thèse accompli entre 1994 et 1999 à l’Université Michel de Montaigne de Bordeaux 3 au sein du Groupe de Recherche Expérimentale sur les Systèmes Informatisés de Communication (GRESIC). Un élément nouveau allait entrer en compte : les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) et leurs apports de mécanisation des langues. Toute la polémique du multilinguisme que j’étudie aujourd’hui associe langue arabe et NTIC dans leurs différentes formes d’interactions au niveau des systèmes informatiques, des interfaces homme-machines et des contenus d’information. Le tout est dirigé vers un axe bien déterminé de l’étude des langues, celui des techniques de codage et des formes d’usage pour des objectifs d’information et de communication, plutôt que des analyses phonologiques et morphosyntaxiques qui relèvent des domaines de l’ingénierie linguistique et de l’industrie de la langue.
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